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Reconstituer l’histoire d’un hôtel haut de gamme : le cas du Christiania à Val d’Isère

Au sein de l’hôtel Christiania, nouvelle propriété du groupe Roederer, des changements majeurs se profilent et un besoin émerge : celui de prendre le temps de relire, conserver et transmettre tout ce qui a été vécu jusqu'à présent afin d'avoir en interne un socle commun et solide sur lequel fonder son avenir. Mais comment procéder ? Et que faire lorsqu’il y a peu d'archives à disposition, voire aucune ?

Folioscope s'est plongé avec plaisir et intérêt dans l’histoire familiale, hôtelière et avaline de l’hôtel Christiania afin de répondre à cette attente et ce besoin. 

Suivez-nous, on vous fait goûter un peu de cette aventure dans cet article ! 



L’hôtel Christiania au début des années 1950. (Photo collection Famille Bertoli)

 

Un audit patrimonial pour l’hôtel Christiania

Représentez-vous le Christiania : un hôtel de luxe, 5 étoiles, magnifiquement situé au sein du village de Val d'Isère, entouré des pistes de ski qui vous appellent sur leur flanc, dressé là depuis 1949, fondé par Paul Bertoli et géré par la famille depuis cette époque. En 2018, l'hôtel est racheté par le groupe Roederer. Pour le groupe et pour l’hôtel, une évidence se fait alors sentir. Il est vital de rénover l’établissement tout autant qu’il est nécessaire de s'appuyer sur ce qui fait sa réputation depuis ses débuts : l’accueil, le service, l’esprit visionnaire, la famille, la simplicité luxueuse, les personnalités, l’air de la montagne et la pratique du ski. Cette identité, riche et attachante, nous allons la découvrir au fur et à mesure de notre mission.

Fin 2020, le groupe Roederer, et plus particulièrement son service communication, confie à Folioscope la réalisation d'un audit patrimonial sur l'hôtel Christiania et d’interviews des figures clés de l’hôtel et de la station. L'objectif est de nourrir la communication sur l’histoire de l’établissement et de créer un sentiment d’implication chez les personnes intéressées par l’hôtel (personnel, famille, habitants de Val d’Isère, clients…) sur son histoire à venir. Cet audit patrimonial comporte 3 missions:

  • la “reconstitution” des archives du Christiania,
  • la réalisation d’interviews des figures clés et clients de l’hôtel et de la station ainsi que des acteurs clés du Christiania de demain, 
  • la rédaction de l’histoire de l’établissement.

Une certitude soutient ce projet : « C’est en connaissant l’histoire du lieu que nous pourrons écrire son futur, dans le prolongement de celle-ci. » Le contenu servira de base à la construction de la nouvelle identité du Christiania, et à ses futurs outils de communication.

 

La “reconstitution” des archives

Chargées de cette mission, nous voilà en route ! Nous commençons par les archives du Christiania. Nous menons alors un travail de recherche en interne (à l’hôtel et au sein de la famille fondatrice et gérante) et en externe (archives municipales et départementales, archives audiovisuelles (notamment à l’Ina), autres fonds d’archives privées, personnes clés de l’histoire de Val d’Isère, etc. Nous réalisons un travail de tri et de classement (inventaire) ainsi qu’une opération de numérisation des archives les plus significatives. 


La numérisation a été effectuée  grâce au scanner portatif de Folioscope, directement chez le client ou dans les fonds d’archives visités. (Photo A.Guérin/C.Carbonnel)
 

Ce qui va constituer une des particularités de cette mission apparaît rapidement : il n’existe aucune archive disponible au sein de l’hôtel et de la famille fondatrice. Quelques photographies et cartes postales ont été conservées mais rien ne demeure de l’activité de l’hôtel, à part quelques carnets de paie. C’est donc vers l’externe qu’il faut se tourner pour cerner certains aspects de l’histoire de l’hôtel. Les archives municipales et le musée de la ville vont se révéler riches, les archives départementales plutôt décevantes car de nombreux fonds ne sont pas accessibles.

Le résultat de ces recherches aide à retracer l’histoire de la station Val d’Isère et ainsi à contextualiser la place du Christiania au sein de l’évolution de l’offre hôtelière avaline. Ne pas retrouver un seul document de gestion de l’hôtel (menus anciens, courriers de clients, dossier de personnel, etc.) est une déception majeure mais pas un obstacle insurmontable. En effet, c’est la mise en relation de ces documents retrouvés avec le contenu des témoignages qui va nous permettre d’avancer sur le chemin de la reconstitution de l’histoire.

Le terme de “reconstitution” d’archives n’est pas complètement approprié dans ce cas. Les recherches ont bien fourni des informations et la possibilité, par la numérisation et la négociation d'autorisations, d'exploiter ces documents pour illustrer l’audit patrimonial. Cependant le fonds d’archives à proprement dit de l’hôtel demeurera quasi vide car il n’y a plus de cartons ou de réserves à explorer. Les éléments trouvés restent la propriété des fonds d’archives respectifs et c’est pourquoi l’inventaire remis contient des informations très précises sur l’origine et les possibilités d’utilisation de ces documents.


Le recueil de témoignages 

Lorsqu’il reste peu d’archives écrites ou visuelles, il est possible de recueillir des archives orales. Le témoignage permet alors de pallier l’absence de sources écrites ou de compléter la documentation existante. Les interviews sonores auprès des figures clés se révèlent alors d’autant plus nécessaires et essentielles à la reconstitution de l’histoire du Christiania. Il ne s’agit pas uniquement d’une question de sentiment d’implication ou de communication : la mémoire des personnes est précieuse et très riche d’informations.

Il y a tout d’abord les membres de la famille fondatrice et gérante de l’hôtel : Philippe Bertoli, fils du fondateur et propriétaire-gérant de 1977 à 2018, ainsi que son fils, Bastien Bertoli, qui a intégré l’hôtel familial en 2012 et en est le directeur général depuis 2018.

À ces témoignages fondateurs s’ajoutent ceux du personnel qui nous font découvrir le quotidien et les coulisses de l’hôtel. Sans oublier les personnes externes à l’hôtel qui ont joué un rôle majeur au sein de la station de Val d’Isère : elles nous permettent de regarder l’hôtel depuis l’extérieur et d’en comprendre ses spécificités et son identité au regard de la station et de la concurrence. Il y a bien sûr les clients qui sont au cœur de la vie de l’hôtel et, pour finir, les acteurs clés du Christiania de demain. La mémoire orale, par le biais des témoignages enregistrés, a réellement été essentielle à la reconstitution de l’histoire du Christiania.

Les témoignages oraux permettent ainsi de se plonger dans la mémoire vivante des acteurs et d'enrichir les archives écrites ou visuelles. Une difficulté est apparue lors de l’enregistrement de certains témoignages : les cas où les paroles d’un témoin ne correspondent pas à ce qui est découvert dans les archives papier. C’est là que le travail d’historien et de critique des sources est essentiel, tout en maintenant à sa juste place la mémoire et notamment la mémoire familiale. 


À l’entrée de l’hôtel Christiania, la porte tourniquet, représentative de toute une époque et gravée dans les mémoires des clients comme dans celles du personnel. (Photo C.Carbonnel)
 

Une reconstitution historique écrite et orale

Notre travail de recherche et d’immersion dans la vie du Christiania nous a permis de reconstituer son histoire et de mettre en exergue ce qui fait sa spécificité et son patrimoine. La recherche d’archives et de documents, leur classement et leur numérisation, ainsi que le recueil de 15 témoignages sonores, ont été les sources pour la rédaction d’un document de 45 pages. La rédaction de cette histoire s'attelle à mettre en lumière les traits identitaires de l'histoire du Christiania, pour faire ressortir ce qui différencie cet hôtel haut de gamme d'un autre de même standing. C'est une histoire hors du commun et donc unique qui est mise en musique. La rédaction est ainsi réalisée pour révéler l'âme de cet hôtel, transmise par les témoignages réalisés.

Ce document est confidentiel et réservé à un usage interne à la société. Des images d’archives significatives ainsi que des extraits de témoignages révélateurs accompagnent le récit. Des repères chronologiques ainsi que plusieurs anecdotes complètent également le document. Cette synthèse est livrée avec l’ensemble des documents sources, à savoir l’inventaire des archives et documents accompagnés des scans et d’une note de synthèse, et les témoignages oraux assortis de leur documentation et des autorisations.

Le groupe Roederer, son service communication et l’hôtel Christiania sont dépositaires de ces sources et de toute cette histoire reconstituée, écrite, orale, et synthétisée. La mémoire et l’histoire sont alors conservées. Elles n’ont plus qu’à être transmises et communiquées. Ainsi, le futur peut être écrit et se déployer en s’appuyant solidement sur ce qui a été vécu tout en évoluant et en innovant en toute liberté. 

Voilà comment un hôtel retrouve, saisit et inscrit son histoire. Une histoire riche, évolutive et vivante. Longue vie au Christiania !
 


L’hôtel Christiania en 2017. (Photo Collection famille Bertoli)

 

La force de notre collectif

Ce travail de recherche d’archives et de l’histoire du Christiania a été possible grâce à la combinaison et à la complémentarité des compétences des différents membres du collectif Folioscope. Interdisciplinarité et adaptation aux découvertes (ou non-découvertes) que nous faisons au fil d’un projet : tel est notre mode de travail. Nous nous sommes trouvés et choisis, nous sommes chacun nos propres chefs de projet. Il n’y a pas de profil généraliste, nous avons chacun une expertise. Nous nous complétons et cela permet de reconstituer le puzzle historique d’un lieu ou de toute autre organisation.

Et nous sommes heureux d’avoir pu appliquer cette complémentarité dans la reconstitution historique du Christiania. Archiviste/documentaliste, archiviste orale, experte en numérisation, rédactrice de contenus tous supports, maquettiste : nous travaillons ensemble, en nous adaptant au projet et aux réalités du terrain, en nous appuyant sur nos expertises respectives, et en mettant en commun notre travail. Voilà la force du collectif Folioscope.

 

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