Logo Folioscope

Le blog de Folioscope

Je suis muséographe, donc je ne suis pas scénographe (et vice versa)

Quand je dis que je suis muséographe, on me répond souvent : “oui j’ai compris, tu fais de la scénographie !” (j’enrage discrètement) Et bien non, c’est justement le scénographe qui s’en charge.

“On peut donc dire que tu es commissaire d’exposition ?”

Non plus, car c’est un terme utilisé essentiellement dans les expositions d’art contemporain. Et en anglais, “curator”, a encore un autre sens dans le contexte anglo-saxon.

“Mais que fais-tu alors ?”

Dans cet article, j’aimerais vous parler de mon métier de muséographe, mais à ma manière.

Je n’ai pas l’intention de vous donner une définition “officielle” ou trop généraliste de ce métier. Chaque muséographe a des domaines de prédilection différents et une manière de procéder bien à elle / lui.

Un métier récent

Le métier de muséographe n’existe pas depuis si longtemps (une trentaine d’années au plus) et pas dans tous les pays du monde. Ce métier s’est beaucoup développé au Canada. Un pays qui n’a pas eu un héritage historique fort comme les pays d’Europe et qui n’a pas des collections étatiques précieuses. Là-bas, comme aux États-Unis, leur patrimoine est avant tout naturel (parcs, faune et flore) et sociétal (anthropologie entre autres). De ce fait, sans collection, et donc sans conservateur, le besoin d’une personne est apparu pour faire le lien entre les experts scientifiques et les scénographes, pour vulgariser et scénariser les contenus.

Mais pour compliquer un peu les choses, chez eux, les muséographes s’appellent des muséologues (or c’est une autre discipline en France : c’est l’étude des musées, de la recherche en somme).

Dans tous les cas, collection ou non, le muséographe joue toujours ce rôle très important d’interface entre scientifiques et scénographes.

Qui fait quoi au cours d’un projet d’exposition ?

Une exposition est une œuvre collective qui réunit plein de métiers et de spécialistes en tout genre pour maîtriser tous les aspects d’une exposition à tous les stades du projet. Ce sont ces rencontres qui sont riches de sens ! Il n’y a pas d’intérêt à ce qu’une unique personne se charge de tout. Vous rencontrerez sans doute quelques “héros architecte-scénographe-muséographe-artiste-sculpteur” mais, entre nous, tout le monde sait que personne ne peut exceller dans tous les domaines. Comme pour un film, rare sont les (très bons) réalisateurs, qui sont aussi (très bons) comédiens et (très bons) caméraman.

Une exposition, c’est pareil : la bonne répartition des compétences et le respect des périmètres d’action de chacun sont importants.

Ainsi, chacun apporte sa pierre à l’édifice :

  • le scénographe assure la direction artistique. Il gère dans une exposition ce que gère un architecte pour une maison. Il va choisir les ambiances, les matériaux, les lumières et gérer tous les aspects techniques. Il met en scène le discours de l’exposition (que le muséographe lui fournit) et définit le parcours en termes de flux de circulation, de rythme et d’ergonomie. Il coordonne : graphiste, éclairagiste, maquettiste, illustrateur, socleur, etc.
  • le muséographe (c’est l’objet de cet article) coordonne le comité d’experts scientifiques, l’historien, l’archiviste, l’iconographe, le responsable de collection, le service patrimoine et communication, etc.
  • le conservateur a passé un concours de la fonction publique d’État ou territoriale. Il est le responsable d’une collection d’œuvres dans un musée. Il établit une politique scientifique. Selon ses connaissances et son envie, il peut être à l’impulsion de la conception d’une exposition.
  • les concepteurs audiovisuels et multimédias conçoivent et réalisent les audiovisuels et les dispositifs numériques (que le muséographe et le scénographe ont pré-conçu ensemble).
  • les manipeurs conçoivent et réalisent tout ce qui se manipule, comme des jeux et dispositifs à action mécanique (que le muséographe et le scénographe ont pré-conçus ensemble).
  • et d’autres

Les publics sont au cœur de ma démarche

Comprendre ceux à qui je m’adresse est essentiel pour être juste. Une exposition peut s’adresser à plein de monde, mais chaque catégorie de public a des comportements, des attentes et des besoins différents. Je conçois donc différemment une exposition qui s’adresse avant tout à des familles, à des jeunes adultes, à des touristes en vacances, ou encore, à des locaux en recherche d’information. Il y a un long travail de récolte de données qualitatives à réaliser auprès des organismes du territoire.

De plus en plus souvent, j’organise pour les musées ou mes clients, des ateliers pour “se mettre à la place des visiteurs”. Cela permet de se remémorer ou d’analyser ce que les publics veulent savoir, ne comprennent pas, ce qui les émerveille, …

L’exposition qui se conçoit est avant tout pour eux ! Pour rendre accessible un savoir et une histoire.

Vulgariser pour rendre accessible à tous, mais sans édulcorer

Vulgariser vient bien de “vulgaire”, mais sa racine latine ne rend pas hommage à la difficulté de réussir à rendre accessible à des néophytes, des connaissances ardues, sans en dénaturer tout le sens. Toute la difficulté réside dans le fait de réussir à trouver la bonne manière de présenter, d’expliquer et de raconter un sujet à un public qui a des connaissances spartiates, voire très légères.

Pour réaliser ce travail, je dois m’appuyer sur un comité d’experts (chercheurs, géologue, sommelier, climatologue, ingénieur, et autres spécialistes hyper diplômés) qui nourrit le sujet de contenus (en vrac et bruts), puis vérifiera la justesse scientifique de la proposition muséographique que je ferai. C’est un peu comme si, face à un tas de pelotes emmêlées, je trouve le bon bout sur lequel tirer en premier pour que le reste se déroule de manière très fluide sans aucun nœud.

Les scénographes ne s’occupent pas des contenus. En tant que muséographe, j'ai donc un rôle pivot entre les experts scientifiques et le scénographe. Je lui apporte les ingrédients nécessaires à la compréhension et à l’appropriation du sujet pour que lui les mette en scène.

Certains musées ou clients pensent que s’ils sont en capacité de définir les contenus scientifiques, alors ils n’ont pas besoin de muséographe. Or, trop souvent, ils confondent contenus scientifiques et contenus pour la muséographie. Ils ne perçoivent pas que leurs contenus scientifiques sont soit trop complexes, soit pas assez détaillés pour les réalisateurs de l’exposition. En tant que muséographe, je sais quel juste milieu il faut atteindre dans la vulgarisation et la définition des contenus, et surtout, mon rôle ne s’arrête pas à cette tâche.

Pour les musées, je travaille de concert avec les conservateurs et les responsables scientifiques des collections, car ils ont un savoir important. Ce sont des experts scientifiques. Nous identifions ensemble les objets de collections à mettre en évidence.

À partir des objets emblématiques de collection, des documents d’archives récoltées et des contenus scientifiques vulgarisés, j’ai tous les ingrédients en main pour passer à la médiation et à la scénarisation (c’est la suite de l’article ...).

La médiation peut prendre des formes très variées

Pour chaque projet, mon plus grand défi est de traduire un propos scientifique, “un contenu”, en une forme de découverte concrète : “une expérience de découverte”. Je dois passer de l’écrit à la forme de médiation que cela peut prendre dans l’exposition. Finalement cela revient à m’interroger : par quel moyen faire comprendre au visiteur le message que l’on veut faire passer ? Ce moyen c’est un dispositif de médiation. Il peut être audiovisuel, numérique, mécanique, sonore, olfactif, etc. Ainsi, selon sa nature, la position du visiteur change, son implication change, sa découverte de votre sujet change.

Je réalise, ce travail de définition des dispositifs de médiation de concert avec le scénographe. C’est à cette étape que nous formons un duo important, muséographe-scénographe, qui demande beaucoup d’échanges, d’aller-retour et d’ouverture d’esprit pour aboutir à un projet créatif qui a du sens. Il faut trouver un juste équilibre entre fond et forme, ou entre contenus et contenants, c’est-à-dire entre ce que l’on veut transmettre et l’expérience de visite que l’on veut proposer. Sans muséographe, le risque serait de vous retrouver, par exemple, avec pleins d’écrans sans savoir exactement les contenus à transmettre, ou avec un super dispositif à effet waouh mais complètement creux (vous savez le genre d’endroit d’où l’on ressort en se demandant bien ce que l’on a appris ?). Mais tous les muséographes ne sont pas à l’aise avec la variété de dispositifs de médiation possible et le risque est de se retrouver qu’avec des textes, des longs textes et encore des textes à lire. Ce n’est pas mon cas ! :-)

Il y a pourtant tellement de possibilités de médiation,…  et avec tous les budgets !

L’art d’écrire un scénario attrayant

Au début, mes clients me fournissent le cadre de la commande. Parfois, celui-ci est accompagné d’une première note d’intention. Sur cette base, et avec toute la matière récoltée précédemment (contenus scientifiques, témoignages, archives, médiation, etc.), je développe et affine un scénario d’exposition. C’est une trame narrative qui délimite le sujet, le structure en séquences et associe les contenus autour d’un fil directeur.

Le scénario donne le ton, une couleur et du rythme à la narration. Il met en évidence les rebondissements et les moments de suspens. Mes expositions racontent des histoires (des récits), mais pas forcément l’Histoire (discipline). Il est à mon sens essentiel de sortir du sacro-saint parcours chronologique, dès que cela est réalisable. Ce parti pris rappelle trop souvent les cours d’Histoire dispensés à l’école et beaucoup sont allergiques aux frises chronologiques. Même l’Histoire recèle des thématiques percutantes.

De plus en plus, mes clients me demandent de rédiger les synopsis des dispositifs de médiations et notamment les multimédias (bien que les storyboards soient eux approfondis et écrits par les concepteurs audiovisuels et multimédias). Comme je le disais au début, une exposition est une œuvre collaborative.

À quel moment d’un projet d’exposition intervient un muséographe ?

J’interviens aux stades de définition, conception et réalisation d’un projet d’exposition.

Ainsi, je peux être présente dès le début d’un projet (vous avez des idées, mais rien de défini), ou bien constituer une équipe de maîtrise d’œuvre muséo-scénographique (co-conception).

Ne faites surtout pas l’erreur de nous appeler après avoir choisi un scénographe. Soit on intervient avant, soit on intervient en même temps.

Régulièrement, nos clients appellent le muséographe trop tard et je ne peux intervenir au moment idéal dans le projet. Or, j'aide énormément sur la phase de définition du projet, tout en gardant une souplesse pour la phase de conception, conjointe avec les scénographes.

 

En résumé, en tant que muséographe, je définis les contenus et les dispositifs de médiation en fonction des publics visés, j’écris le scénario avec le fil directeur, les synopsis des multimédias, voire les textes de l’exposition si cela est demandé.

Articles qui pourraient vous intéresser

L’accompagnement dans un projet de numérisation : une expertise méconnue

Depuis plus de quinze ans, j'accompagne des bibliothèques, des associations, des…

Lire l'article

Confinement et archives

Je vous propose un tour d’horizon rapide (et sans aucun doute non exhaustif) démontrant…

Lire l'article

TOP