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Collecter des témoignages pour l'histoire : c'est quoi et pourquoi ?

Historienne, collecteuse de témoignages, archiviste orale.. mais Anaëlle, concrètement que fais-tu au quotidien ? Je cherche, je lis, j'écoute, je rencontre, j'enregistre, je documente, j'indexe, j'analyse, je sélectionne, je mets en valeur. Mais pour quoi faire ?

Pourquoi s'intéresser à l'histoire ?

L'histoire, le passé, le vécu, la mémoire, les mémoires, les souvenirs : tant de mots pour désigner, selon différents axes et angles de vue, ce que nous avons vécu, ce qui s'est déroulé avant nous et avant l'instant présent. 

Le patrimoine suscite de plus en plus d'engouement. L’histoire et les archives ne sont ni passéistes ni désuets, et ce que nous avons vécu (que ce soit personnellement ou en société) est d'une importance capitale pour continuer à avancer. Nous avons toujours besoin d’un socle à partir duquel s'élancer pour nous dépasser. Et nous ne pouvons marcher ou courir sans jamais nous arrêter : nous avons besoin de repos, de reprendre notre souffle, de regarder le chemin parcouru et de nous projeter. Comment progresser ou innover si l'on oublie ce qui a été fait ? Comment désigner une innovation si le passé n'est plus dans nos esprits ? Et comment avancer si l'on ne part jamais d'un point donné ?

Tant de métaphores pour exprimer une certitude que j'ai au fond de moi (et je suis loin d'être la seule !) : notre histoire est vitale ! Tant celle avec un grand H, que celle plus locale. L'histoire est comme une recherche de ce qui est arrivé, comme une réflexion sur la compréhension des événements, comme un aller-retour entre présent et passé. 

Nous avons tous une envie de transmettre notre histoire : nos découvertes, des conseils, un savoir-faire, un savoir-être, etc. La transmission est au cœur, elle est comme une des raisons d'être de notre espèce humaine, même si parfois elle semble s'effacer. 

Pourquoi collecter des témoignages ?

De nombreux "outils" sont à notre disposition pour accéder à notre histoire, qu'elle soit plus ou moins lointaine. Ce peut être la transmission orale, les créations, les archives - et elles sont multiples -, les recherches, les visites, les livres, les expositions, etc. Et à chaque "outil" son professionnel : vous n'avez qu'à regarder au sein de Folioscope ! 

Et moi, dans tout ça, je me suis prise de passion (je me suis spécialisée pourrait-on dire dans un jargon plus professionnel) pour le témoignage oral. Il est un des vecteurs qui nous est offert pour explorer une histoire, un passé. Le témoignage oral permet de recueillir la parole d'un témoin, "d'entrer" dans sa mémoire. Le témoin partage son vécu, ses souvenirs, ses émotions, ses ressentis, ses points de vue. Au pluriel, les témoignages nous permettent de multiplier cette expérience, de faire au maximum le "tour" d'un événement ou d'une thématique grâce à différents profils de témoins, et de les comparer, confronter, analyser. Prenez l’exemple notable des témoignages des survivants de la Shoah. Mais également l’exemple de témoignages sur l’histoire locale, celle d’un département comme la Dordogne ou d’une ville comme Toulouse, ou encore sur le quotidien et les traditions orales. Il en est de même au niveau d’une entreprise, d’une organisation ou d’une institution comme le Ministère de la Transition écologique et solidaire*. Peu importe l’échelle, un témoignage interpelle ou touche, un témoignage permet de mieux comprendre un fait passé et donne un éclairage précieux.

Dans le langage scientifique, autrement dit au niveau académique, ces témoignages oraux sont appelés “archives orales”**. Les témoignages oraux sont enregistrés, de manière sonore, ou filmés. 
Ils deviennent une collection et sont destinés à être conservés et archivés. 
Ils permettent d'investir une part d'histoire, d'y entrer par la porte de la mémoire et du vécu. 
Ils peuvent rendre concret certains faits, prises de décision, quotidien… 
Ils s'intéressent aux hommes et aux femmes qui ont contribué à et vu telle histoire se dérouler. 
Ils peuvent rendre audible une mémoire collective ainsi que des éléments fédérateurs (sur un territoire ou au sein d'une entreprise par exemple). 
Ils sont aussi l'occasion de revenir sur des événements et périodes plus difficiles mais souvent cruciales. 

En résumé, le témoignage nous ouvre à l'histoire autrement. Il nous donne à entendre, à "toucher" le vécu, et il remet la parole et la transmission orale au cœur des populations.

Comment se déroule une collecte de témoignages oraux ?

Plusieurs étapes sont nécessaires au bon déroulement d'une collecte de témoignages oraux. Elles garantissent une qualité et sont l’assurance de répondre aux objectifs fixés. 

Les moments essentiels d'une collecte de témoignages sont : les recherches, le choix des témoins, les pré-entretiens, la rédaction des grilles de questions, la rédaction des autorisations, les rencontres et les enregistrements (sonores et/ou filmés), et la documentation (ou indexation). L'écoute, quant à elle, est la clé de ce type de projet. 

Une valorisation peut ensuite être réalisée selon les objectifs fixés. Ces nouvelles archives sont utilisées via la consultation et la recherche et dans des projets multiples de transmission, de communication, de tourisme, de culture, d'éducation, de pédagogie, de formation. 

Quand collecter des témoignages oraux ?

Quand vous voulez ! À chaque instant il peut être bon d'écouter les habitants ou ses collaborateurs pour revenir sur ce qui a été vécu. Cela permet de prendre le temps de relire l'histoire collectivement pour toujours mieux fédérer, accueillir et construire ensemble. 

Il est vrai qu'il y a aussi des moments propices au lancement (ou à la poursuite) de tels projets : un anniversaire (d'un événement particulier, d'une création, d'une ouverture), le départ à la retraite de collaborateurs, un changement notable à venir, un tournant qui, vous le sentez, marquera votre histoire (une rénovation, une transformation territoriale, le rachat d'une entreprise, le choix d'une nouvelle politique, etc.). 

Une collecte de témoignages oraux peut autant être un projet ponctuel, avec des objectifs précis de contenu et d'enquête, ou un projet sur le temps long. Cette plus longue période donne la possibilité de collecter la mémoire de votre territoire ou de votre entreprise au fur et à mesure de son évolution et du parcours des témoins choisis. 

Et quelques exemples ?!

Vous ne résistez plus à présent, et vous souhaitez en apprendre davantage sur des projets de collecte de mémoire ? N'hésitez pas à aller vagabonder au gré des billets publiés sur mon site internet et à cliquer sur les différents liens pour écouter et vous immerger. 

L'une des différentes réflexions, observations, idées, ou visions de cet article vous interpellent ou vous parlent ? N'hésitez pas à nous contacter ... nous sommes passionnés et disponibles pour en parler avec vous. 
Avec Folioscope, votre histoire s'anime !

 

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* Pour accéder à d’autres exemples de fonds d'archives orales, vous pouvez notamment consulter cet article : « Catalogues et plateformes d’archives orales : liste indicative » https://lcbam.hypotheses.org/182

** « Une archive orale est un témoignage oral conçu, produit, recueilli, conservé et archivé dans un objectif patrimonial, mémoriel, scientifique, pédagogique ou culturel. Soit pour pallier la disparition de la documentation écrite soit pour la compléter et l’enrichir. » Florence Descamps, maître de conférences en Sciences historiques et philosophiques à l’École Pratique des Hautes Études

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